Les proverbes disent ce que le peuple pense.
— Proverbe suédois —
Si les proverbes peuvent dire ce que « le peuple pense », c’est aussi parce qu’ils condensent, en quelques mots, des expériences, des observations et des valeurs transmises au fil des générations. Ils offrent ainsi une porte d’entrée intéressante pour découvrir une société, à condition de ne pas en tirer précipitamment des conclusions générales sur l’ensemble de celle-ci. Le Vietnam ne fait pas exception : ses expressions populaires mettent en scène le travail, les relations avec les autres, la famille, la réussite, la prudence ou encore les rapports entre générations.
Mais avant de parler de « proverbes vietnamiens », il faut préciser la définition du mot « proverbe ». Ce que l’on désigne souvent en français par ce terme recouvre en réalité plusieurs genres. La tradition vietnamienne distingue notamment les tục ngữ, les ca dao et les thành ngữ. Les tục ngữ sont des énoncés courts et autonomes qui condensent une observation, un conseil ou une règle tirée de l’expérience. Les ca dao, eux, relèvent davantage de la poésie populaire : souvent chantés, ils prennent fréquemment la forme de distiques ou de quatrains en lục bát, un mètre fondé sur l’alternance de vers de six et de huit syllabes. Ils expriment notamment des sentiments, des expériences ou des situations de la vie quotidienne. Quant aux thành ngữ, ce sont des locutions figées, généralement brèves, qui ne constituent pas à elles seules une phrase complète.
Ces trois formes sont toutes faites pour être retenues et transmises. Le rythme binaire, le parallélisme, les rimes et les images concrètes permettent au lecteur comme à l’auditeur de mieux les mémoriser. Quant aux images utilisées dans les proverbes, elles proviennent souvent de la nature : le riz, l’eau, le fleuve, le bambou, le buffle, la marmite ou les plantes du potager. Le choix de ces images n’est pas le fruit du hasard. Il reflète une société longtemps façonnée et marquée par l’agriculture et la vie rurale. Les proverbes sont encore utilisés largement dans les conversations, à l’école, dans la presse ou sur les banderoles, où ils sont mobilisés pour conseiller, commenter une situation ou rappeler une valeur. Pour le voyageur, ils peuvent ainsi éclairer certaines scènes de la vie quotidienne d’une manière inattendue.
Mais il serait trompeur d’y chercher une définition de « la pensée vietnamienne ». Les proverbes ne parlent pas toujours d’une seule voix : certaines formules se complètent, tandis que d’autres se contredisent. C’est précisément dans ces tensions que se trouve leur intérêt. Plutôt que de figer une culture en quelques stéréotypes, regardons donc ce que ces différentes formules valorisent, critiquent et parfois remettent elles-mêmes en question.
Le collectif avant l'individu
Dans la culture vietnamienne, les relations avec les autres occupent traditionnellement une place importante dans la vie quotidienne. Cette importance s’explique notamment par l’organisation des sociétés rurales, où la riziculture a longtemps constitué une activité essentielle. Cultiver le riz demande en effet plus que le travail d’une seule personne ou d’une seule famille. Il faut préparer les terres, maîtriser l’eau, entretenir les digues et coordonner certaines tâches entre plusieurs foyers. Dans les villages, l’entraide répondait donc à des besoins très concrets et s’organisait autour de la famille, du voisinage et de la communauté. Cette solidarité se retrouve dans les formules populaires, qui associent l’action collective à une plus grande efficacité :
Một cây làm chẳng nên non, ba cây chụm lại nên hòn núi cao.
(Un arbre ne fait pas une colline ; trois arbres réunis forment une haute montagne.)
Cette expression signifie que la force du groupe l’emporte sur l’action individuelle. La formule est généralement utilisée pour rappeler que l’union permet d’accomplir ce qui serait difficile pour une seule personne, comme le dit un proverbe souvent présenté comme africain : « Si tu veux aller vite, marche seul ; si tu veux aller loin, marchons ensemble. »
L’union des forces est indispensable, mais ce n’est qu’une forme de solidarité. Dans la vie quotidienne, il s’agit aussi de venir en aide à ceux qui sont momentanément plus vulnérables. C’est ce que suggère le proverbe suivant :
Lá lành đùm lá rách.
(La feuille intacte enveloppe la feuille déchirée.)

Les Vietnamiens unis et solidaires pour surmonter ensemble les conséquences du typhon Yagi (Crédit photo : Thông tấn xã Việt Nam)
Mais pourquoi les feuilles ? L’image fait référence à l’usage traditionnel des feuilles pour envelopper et protéger les aliments. La feuille intacte représente alors celui qui peut apporter son soutien, tandis que la feuille déchirée évoque celui qui se trouve dans une situation difficile. La formule invite ainsi à aider les personnes qui en ont besoin. Cette aide ne dépend pas nécessairement d’une ressemblance entre celui qui apporte son soutien et celui qui en bénéficie :
Bầu ơi thương lấy bí cùng. Tuy rằng khác giống nhưng chung một giàn.
(Courge, aime donc la calebasse ; bien que d’espèces différentes, vous partagez le même treillis.)
L’expression met en scène deux plantes différentes, la courge et la calebasse, qui poussent pourtant sur le même treillis. Leur différence n’empêche pas leur coexistence. Transposée aux relations humaines, cette image rappelle que des personnes différentes peuvent avoir intérêt à se soutenir lorsqu’elles vivent dans le même environnement. Le « même treillis » devient ainsi une image de la communauté à laquelle elles appartiennent.

La courge et la calebasse sur le même treillis. (Photo crédit : VOH)
Cette importance du milieu de vie explique aussi la valeur accordée au voisinage :
Bán anh em xa, mua láng giềng gần.
(Vends le frère lointain, achète le voisin proche.)
Attendez : on ne vend personne. C’est une métaphore destinée à souligner l’importance du voisinage. Un voisin qui vit à proximité peut intervenir rapidement lorsqu’un problème survient, alors qu’un membre de la famille qui habite loin ne peut pas toujours être présent. Dans les communautés rurales, où une aide immédiate pouvait être nécessaire pour les travaux agricoles ou face aux difficultés du quotidien, cette proximité avait une valeur pratique particulière.
Prenons un exemple. Un agriculteur fait sécher son riz devant sa maison ou dans sa cour, puis doit s’absenter quelques heures. Si une averse arrive soudainement, ce sont souvent les voisins qui peuvent intervenir rapidement pour mettre le riz à l’abri. Un membre de la famille qui habite loin ne pourrait pas agir aussi vite. La formule ne demande donc pas de préférer son voisin à sa famille. Elle souligne plutôt la valeur d’une personne qui se trouve à proximité lorsque l’aide est nécessaire. On trouve d’ailleurs un dicton français qui transmet une idée voisine : « Qui a bon voisin a bon matin. »
L’ensemble de ces formules montre ainsi comment les relations familiales, le voisinage et la vie communautaire peuvent se compléter. Le collectif n’est pas présenté comme une opposition à l’individu, mais comme un cadre dans lequel chacun peut compter sur les autres lorsque ses propres moyens ne suffisent pas. Dans le contexte rural, cette entraide répondait à des situations quotidiennes très concrètes et contribuait à maintenir les relations entre les membres d’une même communauté.
La persévérance
Dans la vie agricole, certaines difficultés ne peuvent pas être évitées. Les pluies de mousson peuvent provoquer des crues, endommager les récoltes ou compliquer les déplacements. À cela se sont ajoutées, selon les périodes et les régions, les conséquences de plusieurs guerres et les conditions difficiles de la vie rurale. Face à ces contraintes, certaines formules populaires mettent moins l’accent sur la recherche d’un exploit que sur la nécessité de continuer à avancer malgré les difficultés.
L’idée de persévérance apparaît d’abord dans une formule très connue, que la plupart des élèves vietnamiens apprennent dès l’école primaire :
Có công mài sắt, có ngày nên kim.
(À force de limer le fer, un jour viendra l’aiguille.)
La formule « Có công mài sắt, có ngày nên kim » est souvent accompagnée, dans les manuels scolaires, d’une illustration qui permet d’en comprendre immédiatement le sens. On y voit un morceau de fer relativement grand et épais, tandis que l’aiguille obtenue à la fin est très fine et de petite taille. Le contraste entre les deux objets montre l’ampleur du travail nécessaire pour transformer progressivement le morceau de fer en aiguille. Il faut limer le fer encore et encore, sans que le changement soit immédiatement visible. La formule rappelle ainsi qu’un résultat qui paraît difficile, voire presque impossible au départ, peut être obtenu grâce à un effort constant et à la patience.

Illustration du proverbe dans un ancien manuel scolaire vietnamien.
Cette même idée apparaît dans une autre formule, mais l’image change. Au lieu du travail répété, elle met en scène quelqu’un qui doit continuer à avancer malgré les difficultés :
Chớ thấy sóng cả mà rã tay chèo.
(Ne lâche pas la rame parce que les vagues sont fortes.)
Les grandes vagues représentent ici les obstacles auxquels une personne peut être confrontée. Le geste de tenir la rame et de ramer est important, car il suppose de continuer à agir malgré une situation difficile. La formule ne promet pas que l’on arrivera forcément à destination. Elle rappelle plutôt qu’une difficulté ne doit pas conduire immédiatement à abandonner ce que l’on est en train d’entreprendre.
La persévérance peut enfin se manifester dans des efforts beaucoup plus modestes, répétés jour après jour :
Kiến tha lâu cũng đầy tổ.
(À force de transporter petit à petit, la fourmi finit par remplir son nid.)
Cette expression repose sur l’image d’une fourmi qui ne peut transporter qu’une petite quantité à chaque fois. Pris isolément, chaque effort paraît insignifiant, mais leur accumulation finit par produire un résultat concret. La formule rappelle ainsi qu’un objectif peut être atteint progressivement, sans qu’il soit nécessaire d’accomplir un exploit en une seule fois.
Ce proverbe, pourtant ancien, reste très actuel. Sur les réseaux sociaux, les jeunes voient constamment des personnes qui semblent réussir, voyager partout et profiter pleinement de leur vie. À force de se comparer à ces images, certains peuvent avoir l’impression de ne pas avancer assez vite ou de ne pas être à la hauteur. Dans une société attentive à la productivité et à la réussite, cette comparaison peut peser. Dans ce genre de situation, rappelez-vous que la fourmi finit par remplir son nid, petit à petit. Ou, comme le dit un proverbe français : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid. »
La régularité et la persévérance comptent.
La gratitude
Parmi les traditions valorisées dans la culture vietnamienne figure la reconnaissance envers ceux qui nous ont précédés. Elle repose sur une idée simple : lorsqu’on bénéficie de quelque chose, il faut se souvenir de ceux qui l’ont rendu possible. Cette manière de penser concerne notamment les parents, les enseignants, les ancêtres et, plus largement, les générations précédentes. Elle s’inscrit aussi dans l’importance accordée à la mémoire des ancêtres, qui occupe encore une place visible dans de nombreux foyers vietnamiens.
Cette idée apparaît dans des formules très connues, que les enfants apprennent dès l’école primaire :
Ăn quả nhớ kẻ trồng cây.
(En mangeant le fruit, souviens-toi de celui qui a planté l’arbre.)
ou
Uống nước nhớ nguồn.
(En buvant l’eau, souviens-toi de la source.)
Les deux formules reposent sur la même idée. Celui qui profite aujourd’hui de quelque chose ne doit pas oublier ceux qui ont contribué à le rendre possible. Le fruit et l’eau représentent ce dont on bénéficie dans le présent, tandis que l’arbre et la source renvoient à ce qui se trouve à l’origine de ce bénéfice. Cette manière de penser peut notamment s’appliquer aux relations entre les générations, mais aussi à l’éducation et à la mémoire collective.
Elle concerne d’abord les parents, auxquels les enfants doivent une grande partie de ce qu’ils sont devenus. Une formule l’exprime à travers deux comparaisons très fortes :
Công cha như núi Thái Sơn,
Nghĩa mẹ như nước trong nguồn chảy ra.
(Le mérite du père est comme le mont Thái Sơn,
L’amour de la mère comme l’eau qui coule de la source.)
Le mont Thái Sơn représente ici la grandeur du père, tandis que l’eau qui coule de la source évoque l’amour maternel. La formule rappelle ainsi aux enfants ce qu’ils doivent à leurs parents. Apprise dès l’enfance, elle fait partie des textes populaires par lesquels cette reconnaissance est transmise d’une génération à l’autre.
Outre la reconnaissance familiale, certaines formules évoquent également la mémoire des ancêtres et des figures fondatrices du pays. C’est notamment le cas du ca dao suivant :
Dù ai đi ngược về xuôi,
Nhớ ngày Giỗ Tổ mùng mười tháng ba.
(Où que l’on aille, vers le nord ou vers le sud,
iI faut se souvenir du jour de la commémoration des rois Hùng, le dixième jour du troisième mois lunaire.)
La formule rappelle aux Vietnamiens, où qu’ils se trouvent, de se souvenir de la commémoration des rois Hùng. Mais savez-vous pourquoi le dixième jour du troisième mois lunaire ?
Avant 1917, les communautés vivant autour du temple des rois Hùng, dans la province de Phú Thọ, célébraient le culte des ancêtres selon des calendriers qui pouvaient varier. Face à ce manque d’uniformité, une date officielle fut fixée pour organiser la cérémonie de l’État.
Le dixième jour du troisième mois lunaire fut ainsi désigné comme jour de la cérémonie officielle, à laquelle participaient les mandarins et les représentants de la cour. Cette organisation permettait de distinguer la cérémonie officielle des célébrations locales. La date a ensuite été maintenue et a acquis une importance nationale dans le Vietnam moderne.

De nombreux habitants participent à la fête commémorative des rois Hùng. (Crédit photo : Thông tấn xã Việt Nam)
En somme, la reconnaissance occupe une place importante dans la culture vietnamienne. Elle ne concerne pas seulement les membres de la famille, mais peut aussi s’étendre aux enseignants, aux générations précédentes et à ceux auxquels la communauté attribue un rôle dans son histoire.
Le savoir-vivre
La riziculture nous a appris à vivre en harmonie avec les autres ; les difficultés, à persévérer ; la sérénité, à cultiver la reconnaissance ; et les interactions sociales, à développer un savoir-vivre marqué par une identité vietnamienne. Ce savoir-vivre apparaît dans de nombreuses formules populaires.
Il ne concerne pas seulement les grandes règles de politesse. Il se manifeste aussi dans des gestes très ordinaires : savoir quand parler, comment se servir à table ou quelle place occuper parmi les autres. Plusieurs formules rappellent ainsi qu’il faut observer la situation avant d’agir et tenir compte des personnes qui nous entourent. Cette attention au contexte apparaît notamment dans une formule directement liée aux repas :
(Ăn trông nồi, ngồi trông hướng.
En mangeant, regarde la marmite ; en t’asseyant, regarde la direction.)
La première partie invite à faire attention à la quantité de nourriture restante afin d’adapter sa portion, de ne pas se servir avec excès et de penser aux autres, notamment aux enfants, aux aînés ou aux invités. La seconde invite à faire preuve de tact dans le choix de sa place, afin de ne pas gêner le passage, de respecter les convenances et de céder les meilleures places aux personnes que l’on souhaite honorer.

Un repas chez les Vietnamiens d'autrefois (Crédit photo : Internet)
Cette attention aux autres concerne également la manière de parler. Une parole ne coûte rien, mais ses conséquences, elles, ne sont pas gratuites. C’est la raison pour laquelle il faut choisir ses mots avec soin, comme le dit la formule suivante :
(Lời nói chẳng mất tiền mua, lựa lời mà nói cho vừa lòng nhau.
La parole ne coûte rien : choisis tes mots pour que chacun puisse les entendre sans être blessé.)
Cette formule, issue du ca dao, invite à soigner la manière dont on s’adresse aux autres. Le message n’est pas de se taire ou d’être toujours d’accord, mais de choisir ses mots avec suffisamment de tact pour éviter de blesser inutilement son interlocuteur. La façon de dire quelque chose peut compter autant, et parfois davantage, que ce que l’on veut dire.
Cette attention aux gestes et aux paroles commence d’ailleurs très tôt dans l’éducation :
Học ăn, học nói, học gói, học mở.
(Apprendre à manger, apprendre à parler, apprendre à emballer, apprendre à ouvrir.)
La formule transmet l’idée que les bonnes manières ne sortent pas de nulle part. Elles ne sont pas innées, mais s’acquièrent par l’apprentissage. L’art de manger, de parler, de donner et de recevoir fait ainsi partie intégrante de l’éducation. Selon cette conception, on n’apprend pas seulement les sciences naturelles et sociales, mais aussi à vivre avec les autres.
Une autre expression évoque l’art de vivre en harmonie avec les autres :
Nhập gia tùy tục.
(Lorsqu’on entre dans une maison, on en suit les coutumes.)
L’idée est simple : il faut respecter les habitudes du lieu où l’on se trouve. Elle correspond assez bien au proverbe français « À Rome, fais comme les Romains ». Par exemple, toute personne souhaitant entrer dans un lieu sacré, comme un temple ou une pagode, doit porter une tenue correcte et éviter de parler trop fort.
Enfin, le savoir-vivre implique parfois de savoir retenir sa réaction lorsqu’un désaccord apparaît :
Một điều nhịn, chín điều lành.
(Une concession peut éviter neuf problèmes.)
La formule valorise la retenue dans les situations de tension. Céder sur un point qui n’est pas essentiel peut éviter qu’un désaccord ne se transforme en conflit plus important et préserver ainsi la qualité des relations avec son entourage. Il ne s’agit pas pour autant de considérer que celui qui cède a tort, mais de reconnaître que toutes les confrontations ne méritent pas d’être poursuivies.
Ces formules présentent donc le savoir-vivre comme une capacité à observer, à ajuster sa conduite et à mesurer ses paroles. Pour un voyageur, elles peuvent aider à comprendre certains comportements qui paraissent parfois subtils lorsqu’on découvre la société vietnamienne.
L’apprentissage
Les Vietnamiens accordent une très grande importance à l’éducation. Cela s’explique notamment par l’influence durable du confucianisme, qui accordait une grande valeur à l’étude et au savoir. Pendant des siècles, la réussite scolaire et la maîtrise des connaissances ont constitué des moyens importants de progresser dans la hiérarchie sociale, en particulier à travers les concours mandarinaux. L’éducation ne se limitait pas à l’acquisition de connaissances : elle était associée à la discipline, au mérite et à la possibilité d’améliorer sa condition. Cette valorisation de l’apprentissage apparaît dans de nombreuses formules populaires. Certaines insistent sur le rôle du maître :
Không thầy đố mày làm nên.
(Sans maître, essaie donc de réussir.)
La formule souligne l’importance de l’enseignement et de la personne qui transmet le savoir. Elle présente le maître comme une figure essentielle dans le parcours de l’élève.
De manière intéressante, une autre formule vient nuancer, voire contredire cette idée :
Học thầy không tày học bạn.
(Apprendre du maître ne vaut pas apprendre de ses camarades.)
Ici, le savoir ne vient plus seulement d’une figure d’autorité. Il peut aussi venir des camarades. La formule encourage ainsi les apprenants à ne pas se former uniquement auprès de leurs professeurs, mais aussi auprès de leurs pairs, à travers les échanges et les expériences partagées. Ces deux formes d’apprentissage ne s’opposent donc pas nécessairement. Elles peuvent au contraire se compléter.
Ces deux formules coexistent dans la même culture et disent presque l’inverse l’une de l’autre. C’est précisément ce qui rend ce répertoire intéressant. La sagesse populaire n’a pas besoin de former un système parfaitement cohérent : elle propose plutôt des formules adaptées à différentes situations. Retenir seulement la première reviendrait à transformer un répertoire de paroles populaires en une doctrine unique.
D’autres formules élargissent encore cette conception de l’apprentissage :
Đi một ngày đàng, học một sàng khôn.
(Un jour de voyage apporte une mesure de sagesse.)
L’idée est simple. Sortir de son environnement habituel permet de découvrir d’autres personnes, d’autres pratiques et d’autres façons de voir le monde. Le voyage devient lui aussi une forme d’apprentissage par l’expérience, en dehors de la salle de classe.
Dốt đến đâu học lâu cũng biết.
(Aussi ignorant soit-on, à force d’étudier, on finit par savoir. )
La formule ne présente pas le savoir comme un privilège réservé aux personnes naturellement douées. Elle met plutôt l’accent sur la durée et la régularité de l’apprentissage.

Des touristes à la découverte de la culture et du mode de vie locaux. (Photo crédit : Internet)
Ensemble, ces expressions donnent donc une vision assez large de l’éducation. On apprend auprès d’un maître, avec ses camarades, par l’expérience et grâce à un effort régulier.
Au fil de notre voyage "littéraire", nous avons découvert un répertoire très diversifié de proverbes et d’expressions populaires vietnamiennes. La plupart d’entre eux prennent racine dans la culture rizicole, dans une longue tradition de solidarité et de persévérance face aux difficultés, mais aussi dans les situations les plus ordinaires de la vie quotidienne, comme les repas, les relations avec les voisins ou les interactions sociales.
Ces formules permettent ainsi d’entrevoir certaines valeurs et pratiques qui ont marqué la société vietnamienne au fil des générations. Elles ne constituent cependant pas un portrait figé du Vietnam. Certaines se complètent, d’autres se contredisent, et toutes prennent leur sens dans des situations particulières.
Pour le voyageur, les découvrir peut donc offrir une autre manière de regarder le pays. Derrière une phrase apparemment simple peuvent se cacher une histoire, une manière de vivre ensemble ou une façon de comprendre le monde. Les proverbes ne disent pas tout du Vietnam, mais ils peuvent nous aider à mieux écouter ce que sa culture raconte.


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